La Grue : ce n’est pas tous les jours que l’on tombe sur un mot féminin offrant d'aussi prometteuses déclinaisons et à lui seul un déroulé de l’histoire !

 

D'abord, l'oiseau migrateur fait des boucles, récoltant le savoir et les images venues de l’ailleurs. Son cou long s’apparente aux perches de bois qui chargent et déchargent les marchandises embarquées le long des mêmes berges fluviales qui l’ont vu naître. Puis, la perche couvrira la terre de ces concrétions habitables que sont les demeures des Hommes et se nommera elle aussi grue.

 

Ces voisines de longue date œuvrent ensemble : l’une sillonne quand l’autre concrétise. Le caractère étiré du cou qui les rapproche leur confère cette longueur d’avance qu’ont les curieux, les chercheurs, les lanceurs de lignes et parfois d’alerte : ceux qui vont et reviennent mais qui restent aussi.

 

Mais l’étirement à la fois aiguille, fil et boucle-mouvement accompagne l’oiseau migrateur jusque dans ses boucles de migration, tissant encore des boucles lorsqu’il façonne son milieu en construisant son nid. Face à la légèreté de l’oiseau, l’immense grue de chantier figure comme la permanence de l'être humain dans la toute-puissance. Dommage que l‘hyper-développement de son bras préhensile comme bloqué au stade infantile du grasping reflex, scandant l’inusable « À moi, à moi », porte à son summum cette puissance humaine. Car, à la faveur du digital, un tel bras préhensile s’avèrera non seulement intraitable lorsqu’il voudra être livré le jour même, mais également paresseux lors qu’un simple mouvement de l’index peut le satisfaire. Ces deux tendances, associées à l'économie que font maintenant les commerçants des traditionnelles surfaces de vente, a initié un développement ahurissant du domaine de la livraison. 

 

La livraison, mouvement et mobilité, n'est pourtant pas créatrice de liens humains.

Isolé, atomisé et aliéné tant de son environnement naturel que de son milieu social d’origine, l’être humain qui se replie sur lui-même n’est plus capable de tisser les boucles du lien avec ses voisins.

L'association La grue a pour vocation de proposer des boucles, c'est à dire des prétextes à partage et rencontre, dans le convivial, l'artistique et le culinaire.

Les actions de La Grue tendront à réparer les lésions causées par la désastreuse hâte consumériste chevillée aux algorithmes, qui privatise désormais nombre de nos biens communs : nos quartiers, nos espaces publics et surtout nos rues. Ainsi les trois valeurs cardinales et sacrées de l'association La Grue seront les suivantes : ralentissement, relocalisation et consolidation du lien social.

 

En dépit de toutes ces petites morts, le gruau (oisillon) mais aussi le gruau de la graine, en tant que signifiants, se présentent devant nous dans leur humilité. L’adulte se doit de les protéger. Car ils sont pour La Grue les véhicules menant à la congruence, à l’adaptation nécessaire à notre milieu. L’association, à travers ses boucles d’expérience, dont l'apprentissage du pain est le centre, entre incongru et congru, audace et minimal, jeu politique et théâtre du micro-local, tente de créer un récit cohérent rendant visible l’interdépendance de ces quelques réalités apparemment disjointes.

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La Grue Épicerie 

Adresse du quai : 14 rue du Sanglier 67000 Strasbourg  

Tel : 0631471772 - Email : epicerielagrue@free.fr